Point de point-virgule

Point-virgule et, vieilli, point et virgule. Signe de ponctuation (;) qui sépare deux aspects d’une même idée [et] marque une pause un peu plus longue que la virgule (J. DUBOIS, R. LAGANE, La Nouv. gramm. du fr., Paris, Larousse, 1973, p. 233). C’est pour « disséquer les phrases » que le point-virgule devient le roi de la ponctuation moyenne. On en use et on en abuse au XIXe siècle particulièrement dans les textes officiels (A. LORENCEAU, Hist. du point-virgule et des deux points ds Trames 1984, p. 104).

Telle est la définition proposée par le Trésor de la Langue Française informatisé (TLFi), à l’entrée POINT, en I. B. f).

Le Journal Le Soir de ce week-end (3 et 4 mai 2008), en manchette, posait la question – et ce ne fut pas sans me surprendre – de l’avenir du point-virgule : L’avenir en suspension du point-virgule, titrait-il. Il semblerait que des spécialistes de la langue prédisent sa disparition prochaine, celui-ci étant trop peu, voire trop mal, utilisé.

Point-virgule

Pire encore, on le prend pour responsable puisqu’il se présente, aux yeux de notre auteur (Willy Le Devin) en tout cas, comme une sorte d’hybride à l’existence schizophrène, et qu’il souffre de son indécision (p. 8). Il le décharge ensuite et rejette la faute aux nouveaux formats, qui donnent priorité à l’info claire et efficace, préfèrent les phrases concises et dynamiques, si bien que le point-virgule n’est plus le bienvenu dans la presse. Mais la grâce n’est que partielle ; Cavanna le voit comme un parasite timoré qui ne traduit que le flou d’une pensée. Il n’est qu’un caramel trop mou qui colle aux dents du lecteur. Et j’en passe…

Certains, toutefois, le défendent courageusement, voyant en lui l’une de ces caractéristiques qui font la richesse de la langue française.

L’article est plus amusant qu’informatif et je vous en conseille la lecture (payante, malheureusement, pour les non abonnés).

Personnellement, je l’aime bien ce point-virgule. Pourquoi devrait-on s’en passer ? S’il interroge, c’est tant mieux, c’est l’occasion rêvée de s’exprimer sur la langue, en général, et son style propre, en particulier. Et puis, comment ferions-nous un clin d’œil, sans lui ?

Bref, qu’en pensez-vous ?

7 Comments

    Pour bien parler de lui, il faudrait s’appuyer sur des exemples. Sa valeur utilitaire n’est bien sûr pas bien grande, mais il permet des inflexions stylistiques qui me paraissent intéressantes. J’aime bien les phrases longues où se rencontrent plusieurs points-virgules. Ceux-ci peuvent alors séparer des propositions qui se corrigent, voire se contredisent l’une l’autre, donnant au style un cours hésitant, précautionneux, à la recherche d’une plus grande précision, en même temps que d’une plus grande fluidité; et, dans ce cas, on voit bien que le point ne ferait pas l’affaire. Il donnerait le sentiment d’un style à la fois brutal et incohérent.
    Bon, je vais trop vite … Mais prenez un conte en prose de Perrault. Remplacez les points-virgules par des points, et vous verrez que vous y perdez beaucoup.

  • L’article se présente sous un voile légèrement apocalyptique… Cela participe sans doute au genre journalistique et au but recherché par son auteur. Mais de là à annoncer la disparition du point-virgule, il n’y a qu’un pas, et il est… large. Il participe à l’histoire de la langue, et en conséquence, à sa culture – je ne vais toutefois pas rappeler présentement ce qu’il est dit dans l’article par Guillaume François.

    Personnellement, j’aime bien ce signe de ponctuation. Il contribue à l’enrichissement de mes travaux. Le point, banal, est en quelque sorte le ciment des phrases, alors que le point-virgule relève d’un niveau plus élevé. C’est un peu la denrée rare du travail. Absente de la majorité des lignes, il apparaît de façon ponctuelle dans le texte ; autrement dit, le point-virgule le « ponctue » – pardon aux lecteurs. Sa présence est parfois même ludique, mais rares sont ceux qui se laissent prendre au jeu, celui d’en compter les occurrences dans un corpus donné par exemple. À côté de cela, le point-virgule nous procure d’autres plaisirs encore – qui assurent sa survie -, dont le principal fut déjà mentionné préalablement. Je vous laisse chercher… ;-)

  • Je l’adore, ce point virgule. Sans lui, Gide serait tellement moins savoureux.

  • Comme le « dit » bien Cjacomino dans son commentaire, le point-virgule apporte « une plus grande précision, en même temps qu’une plus grande fluidité ».

    J’en prends pour exemple la citation d’ALAIN, dans Propos sur l’éducation, citation mentionnée sur le site « Voix haute » (http://reprisesvh.wordpress.com/citations/alain-par-coeur/) auquel renvoie justement Cjacomino. La lecture est une étrange gymnastique qui rapproche et dans le temps et dans l’espace le texte du lecteur et le texte du souvenir que le lecteur en a ; comme il rapproche les lecteurs les uns des autres quand une voix haute fait lecture commune.

    Pour compléter la question évoquée, voici deux exemples de cet usage du point-virgule :

    • Tout jeune Napoléon était très maigre et officier d’artillerie plus tard il devint empereur ; alors il prit du ventre et beaucoup de pays. (Jacques PRÉVERT)

    • Vous régnez ; Londres est libre et vos lois florissantes. (VOLTAIRE)

    La particularité de ce signe de ponctuation est sa propriété fréquente de point de symétrie entre les deux membres d’une phrase, le second volet venant en précision ou en opposition. Le rythme de la phrase est alors binaire. Voici d’autres exemples :

    • L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. (PASCAL)

    • Les sons que rendent les passions dans le vide d’un cœur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d’un désert ; on en jouit, mais on ne peut les peindre. (CHATEAUBRIAND)

    Le rythme ternaire se rencontre également. Voici un exemple en cadence majeure :

    • Le jour finit ; la soirée est douce, grise et voilée ; de fins brouillards d’été baignent l’extrémité des canaux. (E. FROMANTIN)

    Exemple de rythme ternaire, avec cadence mineure :

    Du lieu où nous étions placés, nous aurions pu voir, dans les beaux jours d’Athènes, les flottes sortir du Pirée pour combattre l’ennemi ou pour se rendre aux fêtes de Délos ; nous aurions pu entendre éclater au théâtre de Bacchus les douleurs d’Œdipe, de Philactète et d’Hécube ; nous aurions pu ouïr les applaudissements des citoyens aux discours de Démosthène. (CHATEAUBRIAND)

    L’indécision évoquée par Willy Le Devin dans l’article du « Soir » constitue justement cette suspension avant la conclusion de la pensée, (eussé-je pu glisser un point-virgule ?) nous sommes d’accord.

    Le point-virgule n’est donc pas un seul signe formel mais un élément de la pensée qui se déploie ou de l’image qui s’épanouit. Je partage le point de vue de Lionel Meinertzhagen.

  • L’aime-t-on, ne l’aime-t-on pas ce point-virgule? La question est amusante, les réponses variées, mais au fond les gouts et les couleurs ne se discutent pas…

    Une chose semble cependant clair: il est rare dans la prose contemporaine. Faut-il dès lors l’enterrer? Voilà une question à laquelle je me garderai bien de repondre, l’usage pouvant évoluer selon des voies qui nous sont inconnues.

    Il me semble par contre imprudent de prendre en exemple des auteurs du passé pour justifier son amour de point-virgule. Les textes que nous lisons aujourd’hui sont des éditions et la ponctuation est justement un domaine dans lequel de nombreux éditeurs se croient tout permis. D’autant plus que notre système de ponctuation actuel ne s’est fixé qu’au XIXe s. Or un des signes dont l’usage ne s’est stablisé que tardivement est le point-virgule (concurrencé par le double-point jusqu’à la fin du XVIIIe). Ajoutons à cela que les séquences linguistiques comprises entre la majuscule et le point étaient à cette époque beaucoup plus longues que celles que nous produisons actuellement et même que nous lisons dans les éditions modernes des textes antérieurs au XIXe s.

    Alors, aimons ou n’aimons pas le point-virgule, mais soyons conscients que les textes anciens que nous lisons présentent une ponctutaion modernisée (de même que leur orthographe, mais c’est une autre histoire…).

  • Je signale par ailleurs que je suis cité en qualité d’expert dans cet article, mais que mes propos ont été complètement déformés… J’ai demandé un droit de réponse que je n’ai pas vu (mais peut-être l’ai-je raté).

  • Merci de cette intervention. Elle fait revivre un sujet que nous avions un peu oublié dernièrement sur Commune Langue. (Vive la technologie !)

    Je n’ai pas davantage lu de rectificatif sur le sujet, mais peut-être m’est-il également passé entre les mains…

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