O sjt du lgage sms…

Je l’annonçais dans mon article précédent, voici quelques lignes sur le langage SMS.

L’on croit, à tort ou à raison, que le « langage sms » est né d’un motif économique. Sans doute. Quoiqu’il en soit, envoyer un sms a un coût. Il s’agit de ne pas dépasser un certain nombre de caractères sans quoi il faudra avancer un second message, ce qui a pour conséquence de doubler le prix d’envoi. L’aspect onéreux des textos contribue pour une large part à l’écriture presque phonétique des mots. Il en résulte l’invention d’un monde où l’on écrit ce que l’on dit ou entend. Émerge un univers à part, loin des contraintes langagières telles qu’elles sont exigées dans une dissertation.

L’apparition du sms rime avec la venue sur le marché d’un autre support scriptural, dominé par l’argent. Ainsi, l’aspect économique joue incontestablement. C’était principalement vrai il y a quelques années. Ce motif tend à s’atténuer à ce jour. Il existe aujourd’hui pas mal d’offres qui permettent d’envoyer une multitude de sms gratuits par jour. Dès lors, le prix du sms ne constitue plus un critère justifiant le recours à une écriture spécifique. Pourtant, bon nombre de rédacteurs continuent à écrire en abrégé, en phonétique, en rébus parfois. Se joue donc là un autre facteur, sans doute celui de la participation au jeu. Envoyer un sms, c’est se prendre à ce jeu bien connu d’une certaine communauté. Écrire en sms revient à montrer que l’on reconnaît l’existence de cette communauté et que l’on y adhère.

Mais si un sms est assez court à taper, il est plus long à déchiffrer… C’est vrai au début, mais le temps joue son rôle. Au fur et à mesure, le récepteur du sms s’accoutume aux diverses abréviations et autres procédés d’abrègement. Intervient ici le phénomène dit « d’autorégulation » : une communauté finit par se comprendre sans avoir à recourir au dictionnaire en adoptant et se familiarisant avec un code commun. Ce code est construit par la communauté et pour la communauté. Vu de l’extérieur, ce type de langage – je ne m’attarde pas sur la notion de langage qui mériterait réflexion – paraît incohérent ; rien n’est moins sûr. Ce nouveau code écrit se veut être plus proche de l’oralité. Cet acte est pour ainsi dire l’expression d’un refus de se plier aux règles absurdes qui régissent la langue française, en y réinvestissant justement le « sens » perdu. Ceci rejoint ce que j’avais écrit dans Zéro faute en ortograf, je n’y reviens plus.

Main rédigeant un smsL’on parle couramment « du » langage sms. Il revêt cependant tellement de formes différentes que le pluriel semble plus approprié. Il n’y a non pas un mais des langages sms. Prenons deux locuteurs du même âge environ au hasard ; demandons-leur de rédiger un sms à partir de la même phrase initiale en « français standard ». Il y a fort à parier que le résultat ne sera pas identique : l’un abusera peut-être d’abréviations, l’autre aura sans doute ôté toutes les voyelles (ou presque) des mots, etc. Pourtant, dans les deux cas, le message restera compréhensible (déchiffrable). Cette petite expérience montre qu’il est important de se défaire de l’idée reçue que la forme influence le fond. Écrire dans une autre langue ou dans un autre langage n’altère pas le contenu du propos. Le langage sms a pour fonction principale l’usage utilitaire. Peu importe s’il n’y a pas de sujet à la phrase dans le texto : vite écrit, il sera vite transmis et rapidement compris, au détriment des normes langagières que chérissent les puristes.

Ainsi, le sms se fait, initialement, l’onde de la vague économique qui envahit bien des registres depuis le XXe siècle et qu’a parfaitement adopté l’homme contemporain, victime, à son insu généralement, de la toute puissance de l’argent. L’émergence des sms a induit celle d’un langage qui lui est propre et autour duquel s’est établie toute une communauté. Ses membres sont extraordinairement nombreux et les personnes qui n’y ont encore adhéré sont souvent considérées comme désuètes… Le langage sms est donc, avant toute chose, un phénomène de société quasi inéluctable duquel il convient de prendre conscience.

9 Comments

    Si je ne me trompe pas, le langage (ou mode d’écriture) sms s’emploie au moins autant en chat, à partir des claviers d’ordinateurs, que sur les téléphones. Or, sur les messageries internet, la communication est gratuite et l’usager dispose de claviers où il peut poser ses deux mains…
    Autrement dit, la contrainte pécuniaire, ni celle tenant à l’ergonomie du tél. mobile, ne me paraissent décisives dans cette affaire…
    Quelqu’un s’est-il amusé à transcrire en toutes lettres des messages sms pour se concentrer ensuite sur la syntaxe et le vocabulaire?… ce serait amusant, je crois

  • Merci cjacomino.

    Il y a un autre facteur que je relève dans l’article ci-dessus : la rapidité. Il y est toutefois un peu moins développé, je l’admets.

    Écrire un sms, il faut que ça aille vite, le plus vite possible même. L’avantage du sms, c’est que l’on peut communiquer en un laps de temps très court avec quelqu’un sans pour autant le déranger de la même manière que le ferait un appel téléphonique. Si le destinataire est occupé, le sms ne le dérangera pas – ou moins puisqu’un sms reste plus discret – et il prendra la peine d’y répondre lorsqu’il en aura le temps ou l’envie. La communication « vocale » n’offre pas cet avantage – sous cette facette, j’entends bien -, quoiqu’elle en couvre d’autres.

    La rapidité explique aussi le recours à l’écriture / langage sms lors du chat sur internet par le biais d’un ordinateur. Elle y est moins systématique, cependant, que pour les sms. Les conversations msn, bien connues de tous, ne sont pas toutes dominées par le langage sms. Cela dépend du caractère du destinateur… Je n’ai aucun chiffre sur la question et il serait de mauvais ton de tirer des conclusions hâtives, sans sources sures. Je ne m’attarde donc pas sur la quantité de population qui introduit ou non l’écriture sms dans ses conversations de type « chat ». Néanmoins, ce que l’on peut affirmer avec certitude, c’est que, lorsque l’écriture sms y fait son apparition, c’est souvent dans une optique de rapidité. L’on attend avec impatience la réponse de celui avec qui l’on « parle » ; car en temps normal, « parler » est un acte qui se réalise très vite. L’écriture sms, qui se veut être d’une certaine manière le pendant de l’oral à l’écrit, ne permet pas encore elle-même d’atteindre cette vitesse. Taper vite ne suffit pas ; écrire aussi rapidement que nous parlons relève presque de l’utopie même en (ab)usant d’abréviations en tous genres. Et puis, ces abréviations demandent à leur tour un temps fini pour être « décodées »… Bref, la rapidité est sans équivoque l’un des moteurs de l’écriture sms.

    Parallèlement, le caractère sérieux de l’information intervient aussi. Cet aspect n’a, lui, pas été relevé précédemment mais je suis convaincue qu’il joue un rôle dans l’émergence de ce « nouveau » langage.

    Maintenant, la rapidité évoquée supra rejoint le point financier avec lequel tu ne sembles pas tout à fait d’accord, du moins quant à l’importance que je lui accorde. Souvenons-nous d’il y a 10 ans, où toute connexion à internet avait un prix. L’ADSL qui nous autorise à « surfer » n’importe où et n’importe quand aujourd’hui, était inexistant une décennie plus tôt. Et puis, quand ce type de connexion fit surface, il fallut développer un réseau terrestre auquel les habitants devaient se rattacher. Et tant pis pour les villages ou demeures les plus reculés, où les travaux à effectuer par l’opérateur n’étaient pas suffisamment rentables. À ceux-là, la connexion sur la ligne téléphonique restait alors la seule alternative, avec ces deux inconvénients : bloquer la ligne téléphonique pendant le temps du « surf », et payer la connexion en fonction du temps passé sur le net. Les jeunes de 20 ans d’aujourd’hui s’en souviennent encore. L’aspect financier touche donc l’ordinateur également, qu’on le veuille ou non.

    Cela est moins vrai pour les « nouveaux chateurs ». Ce sont justement ceux-ci qui m’exhortent à considérer le facteur « vitesse » dans mon article, davantage développé dans ce commentaire.

    Peut-être ne seras-tu pas d’accord avec ce que je viens d’écrire, mais c’est à ce prix que le terme de discussion trouve pleinement son sens et qu’elle devient par de-là même intéressante.

    Audrey

  • Non non, je suis bien d’accord avec tout ce que tu indiques, je cherche seulement à mieux comprendre un phénomène dont je pense qu’il survivra à ses conditions d’apparition.
    La rapidité est au centre, bien sûr, de cette problématique, mais il me semble qu’on écrit plus volontiers en langage sms quand on n’est pas sûr de son orthographe et de sa syntaxe.
    Ainsi l’on rend moins visibles et mesurables les difficultés que l’on a avec la langue et son système d’écriture.
    Est-ce que je m’aventure beaucoup en imaginant que le langage sms a moins de place en Allemagne, en Italie ou en Espagne, qu’il en a chez nous ou dans les pays de langue anglaise?
    Nul ne sait, p. ex., ce que nous sommes en train de devenir (ou ce qu’est en train de devenir le français) du fait d’une confusion de plus en plus générale, à l’écrit, entre les participes passés des verbes en -er et les infinitifs…
    La rapidité que permet et que suppose les nouveaux moyens de communication a pour conséquence qu’il est de moins en moins question de se relire, et encore moins de se faire relire par ‘autres, ce qui nous expose tous au ridicule d’erreurs grossières…
    Comment vont se débrouiller les jeunes cadres, et même les jeunes profs avec ce risque, alors que, même dans le plus grand calme, ils sont nombreux à ne pas bien percevoir le contour d’un verbe employé au passé composé?
    Se priveront-ils de communiquer? Se sentiront-ils longtemps ‘coupables’ de faire des ‘fautes’? Je l’imagine mal… Mais j’imagine tout aussi mal que de telles erreurs viennent à être tolérées par ceux et celles qui disposent du savoir (ce que tu soulignais voici peu)… Et c’est la raison pour laquelle je pense que le langage sms a beaux jours devant lui…

  • je voulais écrire, p. ex.: « …La rapidité que permettent et que supposent les nouveaux moyens de communication… » Je ne saurais pas écrire cela en langage sms, mais si j’avais su, je n’aurais pas commis cette faute…!

  • Ton article, Audrey, attire l’attention sur plusieurs points cruciaux. C’est quelque chose d’essentiel (d’essayer) de décrypter des pratiques quotidiennes et perçues comme allant d’elles-mêmes. Qu’il y ait un enjeu économique qui pousse à limiter la « correction orthographique » au profit d’une information complète, voire plus abondante, ne fait, à mes yeux, aucun doute.

    Les paroles de Christian (l’on rend moins visibles et mesurables les difficultés que l’on a avec la langue et son système d’écriture) m’ont questionné et dans leur prolongement, j’ajouterais que, par conséquent, cette nouvelle déclinaison de la langue écrite est une porte d’entrée vers l’écriture, chassant bien des freins, dont ceux que tu soulèves, à l’avantage de ceux qui se croyaient incapables d’écrire. Mais quelle est cette « déclinaison » ? Polymorphe, comme le note Audrey, le langage sms note-t-il l’oral, l’écrit ou est-ce une forme hybride. Peut-on vraiment dire, comme je le fais quelques lignes plus haut, que rédiger un sms familiarise avec l’écrit ? Les puristes diront que c’est le dénaturer. Je crois, quand bien même l’écrit ne profiterait-il pas de quelques lettres enfoncées sur un clavier usé, que cette pratique (récente) s’accompagne d’un élément non négligeable et d’un bienfait qui m’importe beaucoup. Le premier est l’absence de spontanéité, propre au monde de l’écrit : on réfléchit avant d’écrire, de répondre. Le second réside dans le fait que c’est un moyen supplémentaire mis à disposition pour que les individus s’expriment, s’il le désirent. C’est toujours bon à prendre.

    Enfin, pour revenir sur une idée d’Audrey selon laquelle il est important de se défaire de l’idée reçue que la forme influence le fond (j’espère ne pas altérer sa pensée en ne sélectionnant que cette partie du paragraphe), je me prononcerai en quelques mots qui vont à son encontre. Selon moi, mais ce n’est pas directement relatif au sujet traité, la forme est porteuse, elle aussi, de beaucoup de sens, peut-être d’une autre nature, certes.

  • Le phénomène dont nous parlons ressortit selon moi au rapport à l’autorité.
    Nous avons tous connu de jeunes enfants à qui leurs parents faisaient devoir d’écrire, p. ex. à l’occasion de voyages de vacances, à leurs grands-parents. Ils rédigeaient leurs lettres, et alors là, question de savoir si les parents allaient la relire et la corriger… Mais bon, disons que les parents n’étaient pas là, que les enfants étaient en colonie de vacances, et qu’il leur fallait écrire à leurs grands-parents. Ils se donnaient un mal de chien (quoi écrire? et comment?). Puis la lettre enfin partait… Les vacances tiraient à leur fin, la famille se retrouvait, et les petits-enfants étaient de nouveau devant le grand-père auquel ils avaient écrit… Et là, de quoi parlait-on? Bien sûr, des multiples fautes d’orthographe que contenait la lettre…
    Cette situation existe toujours, sans doute, dans les famille bourgeoises. Mais il est certain qu’elle se fait plus rare… Et le sms se comprend en réaction à cela. Il signifie qu’on veut échapper à une sorte de chantage, selon lequel le prix à payer pour communiquer à l’écrit serait de ne pas faire de fautes d’orthographe… et selon lequel aussi, l’écriture intervient comme une possibilité, voire comme une obligation dans des moments et des situations convenus, précisément là où l’on n’a rien à dire…
    Le sms est un mai 68 en acte, sans commentaire, sans déclaration d’intention, qui intervient à contre-temps…
    Après tout les adultes cultivés avaient été bien mis en garde par les linguistes (Chervel, Balnche-Benveniste) dès ces années-là, et ils ont fait comme s’ils n’entendaient pas…

  • La pertinence de vos commentaires m’intéresse beaucoup. Je vais tenter de reprendre quelques-unes des grandes idées citées, dans l’ordre de leur apparition sur Commune Langue.

    Tu affirmes, Christian, et cette idée se voit récupérée par Lionel ensuite, que l’écriture SMS constituerait une solution de sécurité à la difficulté orthographique voire syntaxique de la langue française. C’est certain, bien que cette solution ne peut être d’application que dans quelques contextes particuliers et qui sont loin de faire l’unanimité. Quand est-elle plausible ? Au moment de rédiger une petite note personnelle – mais si elle est personnelle, son locuteur se moquera probablement de ses fautes, peut-être non perçues même -, une liste de course, une lettre à son meilleur ami (cf. Le château de ma mère, M. Pagnol),… Les situations sont toujours liées, immanquablement, au registre « non officiel ». Les difficultés orthographiques rencontrées lors de la rédaction d’une lettre pour son supérieur, ne peuvent être contournées par le biais du langage SMS. Malheureusement ou heureusement ; les opinions divergent sur le sujet comme vous l’avez tous deux expliqué.

    Beaucoup se mêlent les pinceaux quand ils doivent écrire une forme verbale se terminant en /e/. Moi-même ne suis pas à l’abri d’une inadvertance. En cela, le langage SMS se veut être une belle facilité. Mais cette fois encore, tous les registres de langue ne l’acceptent pas, problème de mœurs. J’en reviens à cette même idée qui m’a déjà traversé l’esprit plus d’une fois : il serait bien audacieux de rédiger son mémoire en langage SMS… Cet affront, toutefois, serait une première pierre lancée dans la mare des puristes qui ne veulent voir déniveler leur langue vers le bas.

    Cette confusion entre -er, -é, -ez m’invite parallèlement à souligner que dans les inscriptions du Moyen Age, ces différences orthographiques n’existaient pas. -er prévalait autant pour -ez que -é si je ne m’abuse. Cette petite anecdote prête à réfléchir…

    Le langage sms comme familiarisation avec l’écrit me laisse perplexe, en ce sens qu’il s’agit justement de contourner les potentielles erreurs orthographiques. Maintenant, les deux arguments que tu avances, Lionel, remettent en question certaines facettes de ma pensée. Je n’avais jamais perçu le sms comme tel. Pourtant, on ne l’introduit jamais dans les classes, d’après ce que j’en sais, en vue d’aborder le français écrit. Dans la lignée de ce que tu en dis, cependant, il devrait faire l’objet d’une piste à explorer. Le langage / écriture sms reste tout de même difficilement exploitable, principalement à cause des idées reçues sur le français écrit.

    Quant à l’éternel débat sur le fond et la forme, je ne conteste pas que chacun de ces deux éléments soient fortement liés. Le sms tend toutefois à montrer que la manière d’écrire est propre à chaque locuteur. Il est peu probable que deux textos soient rédigés exactement de la même manière alors qu’ils transposent une même « phrase ». Ce constat m’encourage à m’interroger encore et toujours sur le lien « forme-fond ». Cela étant, je ne conteste pas du tout le fait que le gsm influence la manière d’écrire mais je ne reviens pas sur les principaux facteurs d’un tel langage, longuement développés ci-dessus.

    L’écriture sms vue comme une défiance à l’autorité est un aussi aspect intéressant à étudier. L’expression de « mai 68 en acte » me plaît beaucoup ; elle évoque bien le phénomène qui est en train de se passer. C’est justement contre cette guerre tacite mais puissante que luttent les puristes. Malheureusement pour eux, le parti adverse gagne du terrain, chaque jour davantage. Le changement des mentalités ainsi que le développement rapide des nouvelles technologies au cours de ces 50 dernières années ont ouvert la porte sur un milieu favorable à ce genre de luttes. Les puristes rejettent d’autant plus le langage sms qu’ils n’ont d’emprise sur ce qui se passe actuellement. Si les linguistes les en avaient avertis, quelques auteurs classiques français ont fait pareil aux XVII et XVIIIe siècle déjà. Leur petit nombre s’explique toutefois par la réalisation et surtout l’application de réformes orthographiques à ces mêmes siècles.

  • [...] mots ont une forme s’inscrivant dans le langage sms (ce dernier n’est cependant pas fixé). Toutefois, BXVI me semble plus proche d’une [...]

  • [...] dévoué – a déjà accueilli quelques articles concernant le langage dit “sms” : ici, là ou encore de ce côté.  De plus, c’est un sujet qui recueille de nombreux commentaires, ce [...]

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