Les 400 ans de Québec

Drapeau du QuébecIl y a quelques jours (le 03 juillet 2008), à Québec, était fêté le 400e anniversaire de la fondation de la ville par Samuel de Champlain. Outre la pluie et les feux d’artifice qui ont rythmé la cérémonie, on retiendra les diverses prises de paroles des diplomates et magistrats, tant français que locaux.

La langue française était à l’honneur. De plus en plus, le Québec est perçu comme un village d’irréductibles usagers de celle-ci, comme un bastion continuellement touché par l’environnement anglophone. François Fillon, Premier Ministre de France, n’a pas manqué de rappeler les origines de la ville, telle un appendice français. Sans doute est-il jouissif – sinon à quoi bon ? – de présenter Québec comme une France outre-atlantique. J’ignore quel est le ressenti québécois vis-à-vis de la « mère patrie » et serais curieux d’en apprendre davantage à ce propos. Je cite Canoe.ca (Le 400e devient la fête du français au Canada), qui reprend les paroles du Ministre.

«Il n’y a qu’une France et c’est elle qui depuis quatre siècles est présente en Amérique.»

Peut-être cet aveu de soutien, quoique trop orienté à l’avantage d’une France rédemptrice selon moi, rassure-t-il des habitants victimes d’une perpétuelle insécurité linguistique. Les anglicismes sont nombreux et tentants face à une Académie Française lointaine et stérile. Toutefois, les Québécois tiennent à leur langue et militent pour son maintien comme langue nationale officielle exclusive. Le rapprochement français est aussi source d’une tension qui ne fait que renforcer sentiment : si la France englobe le Québec, elle ne l’illustre aucunement dans ses publications de référence. C’est ce que nous rappelle (Québec, quatre cents ans de batailles linguistiques, sur La-Croix.com), à juste titre, Hélène Cajolet­Laganière, membre du groupe Franqus (Français du Québec: Usage Standard), ayant reçu pour mission de constituer un Dictionnaire du français standard en usage au Québec. Un rapprochement peut-être négligent et abusif puisqu’il suscite des sursauts identitaires justifiés.

«Dans les dic­tionnaires provenant de France, la mise en contexte est européenne. La littérature québécoise est absente, tout comme les mots spécifiquement utilisés chez nous , regrette-t-elle. C’est acculturant. »

L’insécurité linguistique se double d’une conscience de notre fragilité comme nation (Le Québec est-il refermé sur lui-même?, sur LeDevoir.com) :

Le français recule comme langue d’usage à la maison, le français en tant que langue de travail ne progresse pas, les immigrants non romanophones ne se francisent qu’à 15 % — le même pourcentage qu’en 1971 –, l’assimilation des francophones hors Québec s’accélère, etc.

Louise Beaudoin (notamment rédactrice de l’article) s’indigne des propos avancés par Dario Pagel (président de la Fédération internationale des professeurs de français) selon qui le Québec, en se protégeant, se ferme et montre, par de multiples exemples, à quel point l’intention est toute autre (identitaire).

Au contraire, ils croient, majoritairement me semble-t-il, à une francophonie mondiale forte et plurielle à laquelle ils veulent participer. Chaque francophone dans le monde a son propre rapport à la langue française. Chaque problématique est différente. Les Québécois savent que ce qui fait l’intérêt de la francophonie, c’est justement sa diversité.

Par le présent article, je reviens sur un événément récent et symbolique mettant à l’honneur le Québec et la langue française. Je me montre fort peu indulgent vis-à-vis de la France  dont je trouve l’attitude (pardonnez-moi la métonymie) souvent ambivalente et indélicate. Je stigmatise, peut-être, abusivement aux yeux de certains qui n’auront pas tort de me le reprocher puisque, après tout, Québec et France se veulent de bons amis.

3 Comments

    Je pense qu’à l’heure actuelle, et peut-être à cause de notre proximité géographique avec la France qui entraîne, entre autres, un accès large aux médias français, trop peu de personnes font la différence entre le français de France (et d’Europe), et le français du Québec. Il est, chez nous, inévitable d’être confronté aux différents moyens d’information, films, livres ou que sais-je qui viennent de France. Contrairement à cela, si l’on souhaite être confronté à quoi que ce soit originaire du Québec, il faut soi-même faire entreprendre une démarche de recherche, aussi aisée soit-elle. Ce que je tente par là de mettre en évidence est l’opposition entre le contact passif avec le français de France, et le contact actif (et donc limité à ceux qui le recherchent) avec le français du Québec. Il est important, à mon sens, de faire une distinction entre ces deux variétés de français, trop souvent oubliée dans l’opinion publique.
    Une réflexion menée il y a une trentaine d’années sur le statut de la norme du français au Québec a aboutit à dire que le français enseigné devait être la variété locale, et non la variété originelle, si l’on peut l’appeler ainsi. La norme se définirait donc par rapport au québécois et non au français de Paris. A ce sujet, le débat est toujours ouvert (Wikipedia en donne un aperçu). L’influence canadienne, entre autres, a permis de particulariser le français utilisé au Québec, qui se différencie du nôtre au niveau de certaines parties du vocabulaire ou de la prononciation.

    Certes les Québécois revendiquent leur langue, le français, par rapport au monde canadien anglophone, mais finalement, ces revendications ne devraient-elles pas être applicables aussi à la France ? Cette dernière semble parfois occulter le fait que la langue française au Québec vole maintenant de ses propres ailes…

  • [...] revenions déjà, il y a un mois et demi, à l’occasion du quatre centième anniversaire de Québec, sur les discours très orientés vers la situation de la langue française dans cette province où [...]

  • [...] au Québec n’est peut-être pas aussi noir que nous l’avons exposé à quelques reprises. Les études se focaliseraient-elles trop sur la langue parlée exclusivement dans le cercle [...]

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