Clémentine 0.2

Fascinée par l’agitation, je restais les yeux écarquillés. Tous, autour de moi, participaient au coloriage vital mais de manière trop précipitée, sans grande attention, ignorant peut-être l’impact de  leurs mouvements sur le tracé qu’ils engagent. Jamais je ne m’étais aperçue à quel point la prévenance était de mise. Soucieuse de ne pas me laisser emporter par ce flot fiévreux, j’abaissai les paupières et plaçai les bras, croisés, par dessus ma poitrine, comme pour m’en protéger. Je restai de la sorte jusqu’à ce que, poussée par un vent tiède, je retrouvai la force de sourire et l’espoir qui me guide.

Je n’avais alors qu’une envie : déguster une glace de chez Lino Barti. Il était réputé pour la pureté de ses goûts. Je me demandais même, parfois, s’il avait gagné cette notoriété parce que nous achetions ses parfums ou si nous les choisissions en fonction de leur réputation. Il y avait, bien entendu, des connaisseurs jusqu’au dehors de l’établissement. L’homme qui patientait devant moi était si large d’épaules qu’il m’était impossible de poser mon regard sur la liste des arômes. J’avais beau ne jamais changer, l’hésitation, proportionnelle à la longueur de la file, ajoutait un charme magique à ce moment déjà exquis. C’était à son tour. Il désigna précisément les deux saveurs que je m’apprêtais à commander. Mais ses yeux, à lui, ne pétillaient pas. Je décidai de le suivre.

Leave a Reply




Get Adobe Flash playerPlugin by wpburn.com wordpress themes