Quia nominor leo
Quia nominor leo est une locution latine qui se traduit par « parce que je m’appelle lion ». Ces quelques mots sont inspirés de la cinquième fable du livre I de Phèdre, Vacca et capella, ovis et leo (La vache, la chèvre, la brebis et le lion), retranscrite ci-dessous :
Vacca et capella, ovis et leo
(Phèdre, livre I, fable 5)
Numquam est fidelis cum potente societas.
Testatur haec fabella propositum meum.
Vacca et capella et patiens ovis iniuriae
socii fuere cum leone in saltibus.
Hi cum cepissent cervum vasti corporis,
sic est locutus partibus factis leo:
‘Ego primam tollo nomine hoc quia rex cluo*;
secundam, quia sum consors, tribuetis mihi;
tum, quia plus valeo, me sequetur tertia;
malo adficietur si quis quartam tetigerit’.
Sic totam praedam sola improbitas abstulit.
Ainsi, la locution provient du premier motif avancé par le lion pour s’attribuer une part du butin. Par extension, quia nominor leo s’est appliqué à des personnes qui abusent de leur autorité (réponse c).
Par la suite, La Fontaine, imitant cette fable, a donné naissance à l’expression la part du lion, célèbre à ce jour et qui s’emploie dans le même sens.
La génisse, la chèvre, et la brebis, en société avec le lion
(La Fontaine, livre I, fable 6)
La Génisse, la Chèvre, et leur soeur la Brebis,
Avec un fier Lion, seigneur du voisinage,
Firent société, dit-on, au temps jadis,
Et mirent en commun le gain et le dommage.
Dans les lacs de la Chèvre un Cerf se trouva pris.
Vers ses associés aussitôt elle envoie.
Eux venus, le Lion par ses ongles compta,
Et dit : « Nous sommes quatre à partager la proie. »
Puis en autant de parts le Cerf il dépeça ;
Prit pour lui la première en qualité de Sire :
« Elle doit être à moi, dit-il ; et la raison,
C’est que je m’appelle Lion :
A cela l’on n’a rien à dire.
La seconde, par droit, me doit échoir encor :
Ce droit, vous le savez, c’est le droit du plus fort
Comme le plus vaillant, je prétends la troisième.
Si quelqu’une de vous touche à la quatrième,
Je l’étranglerai tout d’abord.
Celui qui se taille la part du lion est ainsi celui qui bénéficie de la plus grosse part. Pourtant, la locution dont nous parlons ne fut pas aussitôt attestée. Il fallut attendre le Notre-Dame de Paris de Victor Hugo pour la voir apparaître comme telle, avec ces quelques lignes :
Voici que s’ouvre la période orageuse des jacqueries, des pragueries et des ligues. L’autorité s’ébranle, l’unité se bifurque ; la féodalité demande à partager avec la théocratie, en attendant le peuple, qui surviendra inévitablement, et qui se fera, comme toujours, la part du lion, quia nominor leo.
* C’est nous qui mettons en grasse.

Je me souviens que « quia nominor leo » illustre aussi une règle de grammaire latine, mais je n’arrive plus du tout à me rappeler laquelle. Quelqu’un a-t-il des souvenirs à ce sujet ?