Auprès de mon mas, je vivais heureuse

Les grillons chantent, je suis heureuse. Une magnifique journée vient de s’achever, corroborée par un soleil ardent. Durant une dizaine d’heures, un feu s’était abattu sur la terre. Les fleurs en mouraient de soif, les brins d’herbe, trop bronzés, en perdirent leur couleur, mais aucun d’eux ne semblaient se plaindre de ce qu’ils venaient de vivre aujourd’hui. Le sourire étiré jusqu’aux oreilles, je sors timidement la langue. J’allais prononcer mon premier mot de ce jour, alors qu’il tendait vers sa fin. Cette parole, je ne l’offrais pas à n’importe qui. Certes, ça n’est pas à un homme pour qui j’ouvris la bouche ; c’est à mon mas que je la destinais. Radieux de mille rayons, j’ai le sentiment qu’il est continûment content au moment de nos retrouvailles. Tacitement gardée au long de ma balade, j’ouvre enfin la bouche, laissant entrevoir mes dents. Il m’en manquait une, témoin de ma dernière visite en ville. Depuis lors, je préfère rester en retrait du monde. Le calme et la clémence ruraux sont mes deux seuls invités hebdomadaires, les seuls que j’accepte dans ma demeure. Leur vertu capitale se dissimule derrière leur immense respect à l’égard de tout et tous. Loin des yeux humains, je m’avançais vers mon « chez moi », aux murs brûlants. Ces derniers libéraient enfin l’abondante chaleur emmagasinée la journée. Une première tentative, vaine, ne rendit aucun son ; comme si ma voix s’était perdue dans mon corps. Il m’en fallut une seconde pour que la parole escomptée prenne vie. « Bonsoir », dis-je au plus fidèle de mes compagnons. La lézarde en arc de cercle qui dominait la façade avant, semblait me rendre mon salut ; une longue conversation allait commencer entre nous, rien que nous.

1 Comment

    J’aime beaucoup la dernière phrase, promesse tacite de jolies choses.

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