Une histoire un peu particulière
Récréation littéraire.
Voici une courte histoire dont l’originalité n’est pas à puiser du côté du contenu mais de sa composition. Je vous laisse deviner quelle est cette particularité.
« Un pauvre Bûcheron tout couvert de ramée
Gémissant et courbé marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n’en pouvant plus d’effort et de douleur »,
Se laissa tomber sur le bas-côté.
Un gaillard, fier comme un paon et qui »passait dans son esprit pour le plus beau du monde » vint à passer par-là. Voyant le pitoyable état du vieillard, il se chargea de lui ramener de quoi retrouver force.
Il s’approcha d’un poulailler environnant dans lequel gambadait une poule.
- »Ceci ne me plait pas, dit-elle aux Oisillons
Voyez-vous cette main qui par les airs chemine ? »
Le jeune homme s’approchant :
- »Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité. »
- Donnez-moi un de vos si beaux œufs, ma chère, dit le garçon d’une voix incertaine, et je m’en irai.
Et l’oiseau de lui répondre :
- »Cruels humains, vous tirez de nos ailes. »
Elle se prépara »à se défendre hardiment » et »choqua de l’aile l’Escarbot » la première.
« Il fallait livrer bataille ! »
Et, voyant »que la fin de cette querelle » était proche :
- »Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu’en somme
Je vive, c’est assez, je suis plus que contente », dit la poule, furieuse mais bien décidée à sauver son plumage.
- »Ma commère, il faut vous purger
Avec quatre grains d’ellébore ». Aussi, donnez-moi simplement un œuf et je m’en irai, dit le jeune homme.
Etant donné que »la raison du plus fort est toujours la meilleure »,
Finalement, »une perle elle donna »
Qui malgré l’allure, n’était point un véritable œuf.
Vous avez trouvé ? Faites nous part de votre réponse ; la réponse officielle sera publiée dans quelques jours.

Les guillemets mettent déjà sur la piste… Je dirais donc que dans ce texte sont intégrés des passages de diverses fables de La Fontaine.
Comme quelques jours ont passé, permettez-moi de compléter le premier commentaire.
La composition est en effet contemporaine mais se nourrit de phrases empruntées à La Fontaine, dont le ton est d’ailleurs soigneusement restitué.
Le début du récit est celui de « La Mort et le Bûcheron » (Livre I – Fable 16).
Le récit se développe avec des séquences épinglées dans les fables suivantes :
L’Homme et son image (Livre I, fable 11)
L’Hirondelle et les petits oiseaux (Livre I – Fable
Le Loup et l’Agneau (Livre I – Fable 10)
L’Oiseau blessé d’une flèche (Livre II – Fable 6)
Le Loup et le Chien (Livre I – Fable 5)
Les deux Taureaux et une Grenouille (Livre II – Fable 4)
La Mort et le malheureux (Livre I – Fable 15)
Le Lièvre et la Tortue (Livre VI – Fable 10)
Le Loup et l’Agneau (Livre I – Fable 10) (bis)
Certaines phrases semblent actuelles, même si le ton et la syntaxe fleurent bon la manière du fabuliste, comme :
« Se laissa tomber sur le bas-côté »,
« Voyant le pitoyable état du vieillard »,
« Le jeune homme s’approchant »,
« Donnez-moi un de vos si beaux œufs »,
« Et l’oiseau de lui répondre »,
« Aussi, donnez-moi simplement un œuf et je m’en irai »,
« Qui malgré l’allure, n’était point un véritable œuf »
Mais l’on retrouve aussi simplement des mots empruntés à l’univers de La Fontaine, comme « l’Escarbot » (L’Aigle et l’Escarbot – Livre II – Fable 8)
ou le don de la « perle » (Le Coq et la perle – Livre I – Fable 20)
Voilà un bien subtil assemblage, qu’il est sans doute plus aisé de lire qu’il ne le fut à rédiger…
Merci à tous les deux d’avoir participé à cette « récréation littéraire », nouveauté sur le site de Commune Langue.
Il s’agissait, effectivement, de l’insertion de vers de Jean de la Fontaine. Les guillemets mettaient sur la piste, comme ce vers fort connu : « la raison du plus fort est toujours la meilleure ».
Merci à toi, Michel, pour toutes ces références. À vrai dire, je n’en attendais pas autant. L’intérêt éprouvé envers cet article m’encourage à en écrire d’autres ultérieurement.