Cooney Ray, La « Cooney Farce »
Né à Londres en 1932, Ray Cooney commence comme comédien à l’âge de quatorze ans. Il rejoint par après une troupe itinérante avec laquelle il joue six pièces différentes chaque semaine. En 1956, il est engagé comme comédien au Whitehall Theatre de Londres, célèbre pour ses farces anglaises. C’est là que Cooney va écrire sa première pièce, en collaboration avec Tony Hilton, One for the pot (Trois partout) qui fut d’après lui un succès immédiat. S’il ne fait pas de doute aujourd’hui qu’il est un auteur anglais des plus talentueux, l’écriture n’était pourtant pas une évidence pour lui puisqu’il raconte que ses débuts étaient accidentels ! « Je n’ai rien à dire, je veux juste faire rire les gens ! » dit-il… Eh bien, quelle réussite ! Ses pièces ont été traduites dans plus de quarante langues. En 1983, il fonde The Theatre of Comedy Company à Londres et devient son premier directeur artistique. Sous sa direction, la compagnie crée plus de vingt pièces, dont Run For Your Wife ! (Stationnement alterné), Out Of Order (Panique au Plazza), Two Into One (C’est encore mieux l’après-midi) et plusieurs reprises à succès. Il est aujourd’hui producteur de spectacles en Angleterre, aux Etats-Unis et en Australie mais cela ne l’empêche pas de continuer ses activités de metteur en scène et de comédien !
On le compare souvent à Feydeau, mais Ray Cooney a sans conteste dépassé le stade du simple vaudeville. L’intrigue femme – mari – amant a évolué et a parfois même laissé la place à d’autres mécanismes plus modernes et déjantés. La force de ce que les Anglais appellent la “Cooney Farce” est de taille ; derrière l’élément déclencheur s’en cache un autre de grande puissance : le mensonge. Le mensonge qui pousse des personnages plus ordinaires les uns que les autres vers des événements de plus en plus extraordinaires. Et c’est précisément ce mensonge à effet boule de neige qui fait de ses pièces des monstres du comique contemporain. Les situations abracadabrantes s’enchaînent à un rythme effréné, les personnages se voient contraints de mentir et s’enfoncent jusqu’à l’extrême fin (et le dénouement) de la pièce. Un pur délice pour les spectateurs (et lecteurs) qui assistent à la lente descente aux enfers du rôle principal. Dans l’engrenage de ce burlesque fou, on dérape également sur les rebondissements qui se font de plus en plus rapides, nombreux et imprévisibles au fil de la pièce. Le tout baignant dans une vitalité très british, je vous assure que ça décape les abdominaux !
Espèces menacées (Funny Money)
Cette pièce, écrite en 1995, est un petit bijou d’hilarité. En rentrant du boulot, Yvon Lemouël, petit comptable insignifiant, échange par mégarde sa mallette contre celle d’un inconnu dans le RER. Trouvant des millions de francs à la place de son sandwich, son écharpe et ses papiers, il commence à rêver d’une nouvelle vie, sous le soleil de Buenos Aires. Mais sa femme refusant de partir à l’improviste, le soir où des amis doivent venir dîner pour l’anniversaire d’Yvon, les minutes passent et les catastrophes s’enchaînent. Le débarquement d’un chauffeur de taxi prompt à la colère, d’un flic malhonnête, de leurs amis devenus indésirables, d’un commissaire en pleine enquête et du « flingueur » propriétaire de la mallette aux millions, tout cela déclenche le mécanisme infernal de la “Cooney Farce” et nous plonge au cœur du cauchemar délirant d’Yvon Lemouël.
Impair et père (It Runs In The Family)
Voilà une pièce irrésistible qui se passe dans un hôpital, plus précisément dans la salle de repos des chirurgiens. Peu de temps avant le discours que doit prononcer le Dr Pierre Jouffroy devant une assemblée de médecins, Sophie, ancienne infirmière de l’hôpital, vient lui annoncer qu’il est le père de l’enfant qu’elle a eu 18 ans plus tôt et que celui-ci se trouve maintenant cinq étages plus bas, à la recherche de son père. C’est ce moment que choisit la femme de Pierre pour faire son entrée. Il invente donc un premier mensonge qui ne va plus cesser d’enfler au fur et à mesure qu’entreront en scène les autres médecins et infirmières, un vieux patient un peu gaga, un flic rageur et surtout Johnny, le fameux fils caché. Encore une pièce où se succèdent nos éclats de rire, une pièce construite avec la précision redoutable et le rythme d’un Dieu du comique.


