Ce n’est qu’une vieille maison un peu capricieuse

C’est une maison en briques rouges et en vieilles pierres, au sol couvert de carrelages en terre cuite rouge. De lourds rideaux de laine devant la baie vitrée du salon et des meubles disparates. Une vieille maison capricieuse, il faut la connaître pour qu’elle se révèle accueillante. Elle a ses secrets, une source dans la cave, des recoins cachés. Le parquet qui craque dans une chambre mansardée, celle du milieu, celle où une commode cache un trou dans le sol, par où montaient les odeurs de cuisine et les cris étouffés des parents, quand ils se disputaient. Les murs ont une mémoire. Ils sont encore imprégnés de tous les grands moments comme des instants les plus anodins. Ils se souviennent des joies, des chagrins, des colères de ces deux bambins qui couraient partout et se disputaient sans cesse. Des larmes de l’un quand l’autre était parti. Les fenêtres se rappellent des rideaux tirés jour et nuit, en ’85, ’88 et ’89. De cet atelier de fortune installé dans le salon où se trouvait un grand fauteuil où on lui donnait son biberon, le matin. Le fauteuil a changé de pièce et un grand meuble blanc fait par le grand-père a pris sa place, dans ce qui est devenu la cuisine. Les poutres du nouveau salon se voient encore veiller sur la petite, quand elle était malade et que la maman fabriquait une cabane avec les fauteuils, pour qu’elles y passent la nuit à deux.

La maison à l’orée du bois a vu grandir les deux zigotos, l’un qui ne savait pas utiliser les freins de son vélo et fonçait dans les murs pour s’arrêter, l’autre qui cueillait les fleurs de la maman pour les réduire en bouillie, faire de la « popotte », comme elle disait. Ils lui en ont fait voir, à cette bâtisse à la façade désolée en hiver et couverte de rosiers en été. Dans une des chambres, un poster cache un coup dans le mur, vestige d’une colère d’adolescent. Le grenier regorge de sacs emplis de nounours, ses trésors à elle, qui ont tous une histoire. La maison aussi a changé. Un atelier pour de vrai, où l’on pouvait salir à volonté. Un panier de basket sur le mur du garage, qu’ils ont évidemment fini par casser. Les vélos à petites roues ont été remplacés par d’innombrables VTT, et même un tandem. Le tandem est toujours là, au repos depuis des années. Les cris des enfants se sont tus, un peu comme si la vie avait déserté. Des aboiements sont venus les remplacer. Les choses changent, la vie est toujours en mouvement. Les enfants et la maman ont chacun trouvé leur place ailleurs, le nouveau chien installe la sienne dans le coin du divan. Petit à petit, il apprendra à cohabiter avec cette maison capricieuse, qui a déjà vécu tant de choses.

2 Comments

    De belles images pour évoquer la mélancolie du lieu. D’un lieu. Celui d’un passage, d’un point de vue, d’un regard. Coffre de mémoire dont le code permet à qui l’introduit d’accéder à ses souvenirs propres.
    Que de beaux mots, aussi, pour représenter la vie, ses bonheurs et aléas. La naissance, l’enfance, l’adolescence, la complicité, le secret… les disputes, l’isolement, la solitude, la tristesse, le regret, le manque… empilés comme les briques de la vie.

  • Mélancolie d’un lieu, oui. Témoin tacite de tellement de choses. Et quand on se rend compte qu’on va peut-être le perdre, on prend conscience qu’on l’aime, ce tas de briques !

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