Faire passer un chameau par le chas d’une aiguille
« Quoi pourtant de plus lumineux que la parole de l’évangile ? Il saute aux yeux des plus myopes que »faire passer un chameau par le trou d’une aiguille » est l’équivalent oriental de « prendre la lune avec ses dents », ou de quelque image analogue dont l’énorme absurdité tend à exagérer l’impossible. » (source : TLFi).

Faire passer un chameau par le chas d'une aiguille
Cette citation tirée du Journal d’André Gide (1928 : 898) confirme le sens de l’expression « faire passer un chameau par le chas d’une aiguille ». Il faut entendre par là »intenter une action (presque) impossible », comme beaucoup l’avaient correctement répondu.
L’idiome n’est pas neuf ; son origine remonte à l’aube du premier millénaire. La première occurrence, aussi loin que nous pouvons remonter dans le temps, est rencontrée dans l’Évangile de Saint-Matthieu (XIX, 24). Cette parabole, intitulée « Jésus et le jeune homme riche », met en scène le Christ et un homme aux nombreux biens matériels. Alors que celui-ci suivait chacun des commandements à la lettre, comme il désirait ardemment accéder à la vie éternelle, Jésus lui répondit qu’il lui fallait également faire don de ses biens aux plus pauvres. À cette réponse, le visage du jeune homme s’emplit de tristesse ; la tâche s’annonçait difficile voire impossible. C’est alors que Jésus prit la parole :
« Je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer le royaume de Dieu ».
L’image du chameau peinant à rentrer dans le chas d’une aiguille n’est cependant pas partagée par tous. Pour cause, une lecture différente du mot dans l’Évangile. Si certains y lisent « kamelos », d’autres préfèrent le mot « kamilos » qui désigne le câble. Voilà qui nous plonge dans une tout autre métaphore. Nous débouchons cependant sur le même résultat : il est impossible de faire passer un câble dans le fin trou d’une aiguille.
Par la suite, l’histoire littéraire nous offre bien d’autres occurrences de cette expression. De nombreux auteurs n’ont manqué de faire allusion à cette image pour le moins curieuse. Antonin Artaud, par exemple, dans Le Théâtre et son double (1939 : 48), écrit :
« Et une autre idée abstraite ou attitude d’esprit pourrait être représentée par quelques-uns des innombrables symboles de l’écriture, exemple : le trou d’aiguille à travers lequel le chameau est incapable de passer. » (source : TLFi)
Paul Claudel, ensuite, renvoie à cette expression dans son ouvrage Paul Claudel interroge le Cantique des cantiques (1948 : 208) :
« Ne voit-on pas tous les jours passer le chameau à travers le chas d’une aiguille ? ».
Les exemples se succèdent, tous renvoyant à cette même image de l’action impossible à concrétiser, ou du moins très difficilement. En avril 2003, Valéria Bruni-Tedeschi en donne même un film qu’elle nomme… Il est plus facile pour un chameau…. L’on ne s’étonnera que peu de constater que la première phrase de ce long métrage tient en les paroles du Christ, prononcées deux mille ans auparavant.
Très instructif, une fois de plus. J’ignorais tout de l’origine de cette expression et n’aurais jamais imaginé que la première occurrence fût religieuse. Étonnant tout de même que ce choix du chameau et de l’aiguille. Ce n’est pas la première association qui vient à l’esprit mais, certes, pourquoi pas !
Tiens, c’est marrant, j’avais étudié cette parabole l’an passé dans le cadre de mon cours de religion et je n’ai jamais pensé à faire le lien entre la conclusion du chapitre et la célèbre expression de la langue française.
Merci pour cette découverte.
j’ai entendu un jour que le chas de l’aiguille était en fait une mauvaise traduction d’une des portes de Jerusalem
Une porte si basse que le chameau ne pouvait la passer
Le commerçant devait donc laisser son chargement en dehors pour pénétrer dans Jerusalem : se dépouiller ainsi pour s’enrichir ensuite
Ce ne peut probablement pas être d’un câble (kamilos) qu’il s’agit mais bien d’un chameau (kamelos) ; voici pourquoi :
Il y avait un proverbe juif qui disait : Nul ne rêve en songe d’un palmier d’or ou d’un éléphant passant par le trou d’une aiguille. S’il est ici parlé d’un éléphant au lieu d’un chameau, c’est pour la simple raison que ce proverbe provient du Talmud de Babylone, et que l’éléphant était commun à Babylone, alors qu’il était inconnu en Palestine.
Au temps de notre Seigneur, cependant, l’éléphant des guerres macédoniennes et syriennes n’étaient plus qu’un lointain souvenir, et c’est pourquoi Jésus faisait preuve de goût en le remplaçant par le vulgaire et presque non moins encombrant chameau, animal largement connu en Judée.
Quand après un cours de catéchisme j’ai raconté à ma mère que le curé nous avait dit : il est plus aisé
à un chameau de passer par le châs d’une aiguille
qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu, elle
m’a dit ;il ne s’agit pas d’une aiguille. Le chas(ou
scha ou schat…) d’aiguille est un passage dans un
rocher en Iraq je cois, où il fallait décharger les
chameaux et ces deniers devaient s’agenouiller pour que la caravane atteignent l’autre côté.
exacte beaucoup d’experts reconnaissent que l’aiguille était une poterne basse ce qui en fait une parabole plus comprehensible et non pas comme le voudraient certains extremistes une impossibilité pour les riches d’entrer au royaume des cieux…c’est quand meme curieux que certains pretres interpretent etrangement les evangiles comme ceux qui ont fait de marie madeleine une prostituée alors que c’est elle qui a oint (christ) et consacré jesus