Être comme l’âne de Buridan

Âne de Buridan (hésitant, perplexe comme l’âne de Buridan). Comme quelqu’un qui est sollicité avec la même force de deux côtés à la fois et qui ne sait quel parti prendre. (source : TLFi)

Âne sans doute plus souriant que celui de Buridan

Âne sans doute plus souriant que celui de Buridan

Comme l’indique la définition qu’en donne le Trésor de la Langue Française informatisé, « l’âne de Buridan » désigne une personne indécise. La réponse que nous attendions était donc la première.

L’idiome serait à rattacher, d’après le nom, au philosophe français du XIVe siècle : Jean Buridan. Homme accompli sur le plan de la théologie, il fut notamment l’initiateur d’un mouvement de pensée sceptique en Occident. Reniant les libertés humaines, Buridan a, au fil de sa vie, longuement plaidé sa position sur la question du libre arbitre présentée par Aristote dans L’Ethique.

Reflet d’une école de pensée, le paradoxe de l’âne de Buridan (aux frontières de l’absurde) abonde en ce sens. Alors qu’il se meurt de faim et de soif, un âne se voit offrir de l’avoine et de l’eau. Ne sachant par laquelle commencer, l’âne reste là, à contempler chacune des deux victuailles. Le temps passe et l’âne ne parvient à se décider. Il finit par mourir, sans n’avoir touché à aucune des denrées.

Une histoire similaire est trouvée chez Aristote dans son ouvrage De caelo (295b32). Un détail, de taille, différencie les légendes : l’animal mis en scène. S’il s’agit d’un âne chez Buridan, c’est un chien qui est évoqué chez le philosophe antique.

Malgré la pensée similaire et malgré le lien appellatif étroit entre l’expression et le philosophe, rien ne nous permet cependant d’affirmer avec certitude que l’expression l’âne de Buridan découle du théologien : aucune occurrence ni allusion à l’animal, en effet, n’est trouvée dans les écrits de Buridan.

Jusqu’à preuve du contraire, la première attestation de l’idiome est rencontrée chez Spinoza, philosophe néerlandais du XVIIe siècle. Dans le scolie de la proposition 49 de la deuxième partie de l’Éthique, il écrit :

Quarto obiici postest : si homo non operatur ex libertate voluntatis, quid ergo fiet, si in aequilibrio sit, ut Buridani asina ? Famene et siti peribit ? Quod si concedam, viderer asinam vel hominis statuam, non hominem concipere ; si autem negem, ergo se ipsum determinabit, et consequenter eundi facultatem et faciendi quicquid  velit habet. (SPINOZA Baruch, Éthique, J. Vrin, 1977, p.228)

Voici la traduction qu’en a donné Bernard Paustrat :

On peut [...] objecter que, si l’homme n’opère pas par la liberté de la volonté, qu’arrivera-t-il donc s’il est en équilibre, comme l’ânesse de Buridan ? Mourra-t-il de faim et de soif ? Que si je l’accorde, j’aurai l’air de concevoir une ânesse, ou une statue d’homme, non un homme ; et si je le nie, c’est donc qu’il se déterminera lui-même, et par conséquent c’est qu’il a la faculté d’aller, et de faire tout ce qu’il veut. (SPINOZA Baruch, Éthique, trad. de Bernard PAUTRAT, Paris, Seuil, 1988, p. 191)

Après lui, quantité d’auteurs reprendront l’expression Être indécis comme l’âne de Buridan, dont Honoré de Balzac :

[...] Pyrrhon restant entre le bien et le mal, comme l’âne de Buridan entre deux mesures d’avoine. (Honoré de BALZAC, Peau de chagrin, 1831, p. 78)

D’autres, encore, y trouveront un sujet de narration. Robert de Flers en donnera une comédie en 3 actes, Francis de Miomandre en écrira un roman (1946).

Ouvrage de Francis de Miomandre

Ouvrage de Francis de Miomandre

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