Sarkozy, la langue française et ce qu’on en pense

Parcourons ensemble l’article Reuters d’hier matin (24 septembre 2008) : Populaire ou incorrect, le « parler Sarkozy » en question. Plus (médiatique) que quiconque, le chef de l’état français attire les regards lors de ses prises de paroles, également celui des enseignants et linguistes. En tant que président d’une vaste population bigarrée, que lui incombe-t-il ? De parler comme la plus large partie qui la constitue ? De s’exprimer naturellement ? D’appliquer la norme à outrance ? De s’exprimer en oralisant de l’écrit ? De s’exprimer artificiellement ? Il semblerait que les avis divergent fortement et que chaque proposition rencontre son lot de partisans.

Rappelons peut-être d’emblée que l’auteur de cet article grinçant n’est ni un défenseur invétéré de Sarkozy, ni un pro Académie française.

Quoi de plus agaçant que de lire de telles inepties : « (…) le président sait prendre des libertés avec la langue française, au grand dam des professeurs confrontés à cet illustre « modèle ». » Cette assertion, d’apparance anodine et de sens commun,  dérange pour au moins trois raisons :

  1. Le président ne prend pas plus de libertés que quiconque s’exprimant à sa place. Il parle la langue française. Considérer son dire comme plus au moins proche du français revient à estimer ce dernier comme une langue strictement écrite et figée. De plus, stigmatiser ainsi ces libertés équivaut à prendre le parti du président qui devrait parler la norme.
  2. Parler au nom des professeurs est tout à fait irrespectueux et tend à dépersonnaliser une profession (ils ne sont pas un bac des manuels) que d’aucuns choisissent pour des raisons très diverses et, en ce qui me concerne, pas du tout en phase avec l’opinion du journaliste. Pour quelle raison le professeur aurait-il à s’indigner du parler présidentiel ? L’école ne distinguerait-elle pas encore l’écrit de l’oral, ni l’homme de sa fonction ?
  3. Le président de la République se devrait d’être un modèle de l’usage de la langue ? Pourquoi pas du christianisme aussi ? Ou de boulangerie ?

« Ne » de négation régulièrement omis, concordance des temps approximative, emploi fréquent de la forme interrogative pour interpeller son interlocuteur, tutoiement facile (…)

Comment accepter cela d’un locuteur ! Ce n’est donc pas une plaisanterie, certains attendent de lui qu’il incarne la norme… Mais laquelle ? Jean-Marie Rouart, membre de l’Académie française, émet un avis, à mes yeux, plus réfléchi : C’est un homme qui s’exprime assez crûment. La critique que l’on peut lui faire c’est une critique sur le plan des convenances mais pas sur le plan de la langue française. Il s’exprime en langue parlée et pas écrite, rappelle Séguéla.
Sans développer énormément, je souhaiterais, néanmoins, revenir sur ce passage. Choquant.

Pour Cécile Mathey, professeur d’histoire dans un collège de Hyères (Var), l’altercation au salon de l’Agriculture a eu un effet catastrophique à l’école.

« Chaque fois que je reprenais un élève, il me répondait ‘le président de la République parle comme ça alors pourquoi pas moi?’. Je devais alors lui expliquer qu’en démocratie, toute personne est susceptible d’être élue, même si elle n’a aucune éducation »

Même si l’explication de la démocratie me semble fort creuse, c’est tout à l’honneur du professeur d’y initier les élèves. Le même si elle n’a aucune éducation est, quant à lui, est on ne peut plus déplacé, insolent, stupide et inconvenant. Cette remarque est triste à lire sous la plume d’un transmetteur de savoir (savoir, savoir-faire, savoir-être) qui est censé avoir connaissance des distinctions élémentaires que nous avons rappelées ou, tout au moins, l’esprit plus nuancé et la conscience de sa subjectivité.

1 Comment

    J’estime l’information d’un grand intérêt, linguistiquement et scolastiquement parlant. Je me permets toutefois de revenir sur les propos recueillis auprès de la professeur d’histoire. Le problème qu’elle cible, à mes yeux, n’est pas le bon. Ce n’est pas une question de mauvaise éducation du président, comme elle l’affirme ; d’après moi, le noeud du problème est à chercher du côté de l’autorité. Si le professeur est la personne qui détient l’autorité sur ses étudiants, il est une personne qui exerce une autorité plus forte encore et qui englobe les enseignants, à savoir le président de la République. Bien que la vision soit assez simpliste, c’est pourtant ainsi que les élèves se représentent souvent la situation.

    Dès lors, je pense qu’il serait de bon ton d’inculquer aux élèves non pas l’idée que Nicolas Sarkozy est mal éduqué (voire « sans éducation » pour reprendre les propos de Cécile Mathey), mais de leur montrer que l’autorité en classe n’est pas celle de l’extérieur. Autrement dit, pourquoi ne pas expliquer de façon claire aux élèves que, dans un établissement scolaire, il leur faut suivre la politique de l’école, au détriment parfois de celle qui existe en dehors de ses quatre murs. L’école est un milieu spécifique et clos, régi par ses propres normes. L’indiquer aux élèves, en discuter avec eux, peut peut-être être une meilleure solution que celle adoptée par le professeur susmentionné.

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