De la nouvelle orthographe, encore.

J’en reviens à la question de la nouvelle orthographe qui, je l’avoue, me tarabuste. J’ai eu l’occasion de lire cette semaine La « nouvelle » orthographe (1991) d’André Goosse. Membre du Conseil supérieur de la langue française et défenseur de la nouvelle orthographe, l’auteur du présent ouvrage y écrit :

« Les responsables des principaux dictionnaires ont été associés à la préparation du rapport et se sont engagés à introduire les nouvelles formes (sans exclure nécessairement les anciennes) dans les prochaines éditions. Il en sera fait de même pour les nouvelles règles dans le Bon usage, dont la treizième édition est en cours de rédaction. » (Goosse, 1991 : 31).

Pourtant, lorsque je parcours quelques pages des 13e et 14e éditions du Bon usage, je remarque que la volonté du linguiste d’appliquer les « aménagements » (Goosse, 1991 : 22) orthographiques, si elle est explicite dans l’ouvrage de 1991, n’est pas vraiment respectée dans les grammaires.

L’on comprend facilement les raisons qui ont poussé Goosse à ne pas rectifier ce qui était déjà écrit ; je constate cependant que les modifications et nouvelles entrées ne font pas exceptions : je n’ai, pour la partie étudiée du moins, recensé que des termes obéissant aux règles de l’ancienne orthographe. Étrange curiosité. C’est le cas par exemple de l’accent circonflexe repéré sur le i de nombreux mots :

Le fr. pop. de Wallonie, sous l’influence du dialecte, connaît un emploi de aux comme partitif [...]. (Grevisse-Goosse, 2007 : 745)*

Littré […] reconnaît que l’usage permet aussi Il a médiocrement D’esprit. (Ibid. : 749)

Quand apparaît la forme complète de l’article, on s’évertue à trouver des nuances subtiles (Ibid. : 750)

L’article indéfini qui nous paraît nécessaire aujourd’hui manquait souvent aussi. (Ibid. : 751)

Etc.

Logo apposé sur les documents employant la nouvelle orthographe

Logo apposé sur les documents employant la nouvelle orthographe

La liste est loin d’être exhaustive mais les quelques citations, nouvelles entrées de la 14e édition en comparaison avec le Bon Usage de 1993, semblent suffire à illustrer mon propos.

Les phrases en tant que telles intéressent peu ; ce sont les occurrences verbales, écrites dans leur  »graphie ancienne », qui focalisent toute mon attention. Si la réforme de 1990 admet que l’on puisse garder l’accent circonflexe sur les verbes aux subjonctifs imparfait et plus-que-parfait, nous avons affaire ici à des indicatifs présents. De plus, la voyelle concernée appartient à la racine du mot et ne relève pas de la terminaison. En conséquence, si l’on applique la nouvelle orthographe, ces formes devraient apparaitre** sans accent circonflexe. Goosse aurait-il renoncé à l’engagement présenté en 1991 ? Voilà qui laisse perplexe…

_________

* C’est moi qui souligne.

** Pour la petite anecdote, Word vient de corriger, à mon insu, la forme apparaitre en apparaître. N’aimerait-il pas la nouvelle orthographe ? Serait-il trop influencé par les habitudes de son utilisatrice principale (qui elle-même songe sérieusement à les revoir) ?

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