Réponse des ognons à l’orthographe des nénufars

Ce lundi 16 mars 2009 débute la semaine de La langue française en fête, annoncée précédemment sur CommuneLangue. Avec elle démarrent les diverses manifestations culturelles et les discussions sur la langue de Voltaire.

Qu’on la savoure avec les yeux ou les oreilles, l’orthographe est, en ce jour, mangée à toutes les sauces belges — ce qui n’est pas pour nous déplaire : journaux télévisés, presses écrites version papier (Le Soir, Métro,…) et en ligne (Le Soir, La libre Belgique,…), radios (« Double-clic » sur La première interrogeait le linguiste Cédric Fairon (UCL), Bel-RTL), sites internet (RTBF Info, RTL Info.be),… Tous les supports informatifs abordent aujourd’hui la douloureuse question de la réforme orthographique.

Mais au fond, quel est le véritable enjeu de ces reportages — qui prennent souvent la tournure de plaidoiries ? N’est-ce là qu’un nouveau coup de publicité ou, au contraire, assisterions-nous au début d’une ère de conscientisation belge ? Si « l’orthographe révisée est la référence » en France depuis le 19 juin 2008*, l’introduction d’une telle requête semble engendrer moins de revendications chez nos voisins. La circulaire distribuée à la rentrée sur le sol belge, en revanche, ne cesse de faire parler d’elle ; nous l’avions nous-mêmes questionnée. Chemin faisant, notre réflexion a muri, pour finalement oser prendre part à ce vaste débat et plaider en faveur d’un changement, tout en soulignant notre déception face aux illogismes demeurant.

Voilà le sujet remis sur le tapis. Plusieurs supports, principalement les sites internet, proposent aux lecteurs d’exprimer leur opinion sur la réforme. À notre grand désarroi, beaucoup – pour ne pas généraliser, ce serait abusif – en reviennent au « nivèlement par le bas ». Les jeunes sont fainéants, les jeunes ne savent pas écrire, les jeunes sont idiots, pourquoi leur simplifier la vie ?,… sont quelques commentaires qui reviennent constamment. Non fondées et souvent irréfléchies, ces réponses sont malheureusement plus que monnaie courante. Il semblerait que les véritables raisons favorables à la réforme soient méconnues voire inconnues du grand public. Et la période floue qui s’est installée depuis près de vingt ans n’aide pas à contrer cette dense pénombre. Mais cette semaine n’est-elle pas l’opportunité rêvée de jeter un caillou, de taille, dans cette mare d’eau trouble afin de la rendre plus calme et limpide ensuite ? Sous cet angle, cette semaine prend tout son sens. Nous gagnerions tout à démontrer que cette réforme ne tire pas son origine dans une envie de se rabaisser à une génération moins cultivée – point sur lequel, à nouveau, nous ne nous accordons pas. En espérant que les occasions, démultipliées pour la cause, soient bénéfiques et contribuent à éclaircir les fondements authentiques de cette réforme…

NB : Voici un petit logiciel mis au point par quelques linguistes-informaticiens du Centre de TAL de l’UCL qui permet de « convertir » un texte rédigé d’après l’ancienne orthographe en orthographe réformée. Très pratique pour les hésitations.

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* Cf. programmes pour l’enseignement primaire de l’Éducation nationale, p.37, cité sur www.languefrancaise.cfwb.be

2 Comments

    Et la photographie du mot, de la phrase, qu’est-ce que vous en faites avec cette orthographe réformée ?

  • L’esthétique de la phrase est un argument avant tout subjectif : le paon fait la roue pour celui qui le souhaite ; par delà la subjectivité, pensez-vous que de telles images ne seraient plus possibles pour les mots à l’orthographe réformée ? Je ne le crois pas. Au contraire, s’il y a renouvèlement de la matière, il y a également possibilité pour ceux qui le désirent — les poètes, notamment — de vaquer au développement de nouvelles images. Si le nénufar se montre moins arrondi par l’orthographe réformée, ne pourrait-il pas naitre de cette forme d’autres illustrations métaphoriques ou poétiques ?

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