Quelques réflexions sur le livrel

bookplanetCe vendredi 24 avril 2009 se tenait l’attendue journée consacrée au livrel (livre électronique) [Les livrels ont le vent en poupe à l'ULB] [La journée Livrels dans les médias] organisée par la Bibliothèque de Sciences Humaines (B.S.H.) de l’Université Libre de Bruxelles (U.L.B.), dans les locaux de celle-ci. Au milieu d’un auditoire comble, j’ai eu le loisir d’assister aux interventions de trois acteurs impliqués dans les pratiques nouvelles de lecture.

Le premier d’entre eux, Christophe BULTÉ [sa présentation], bibliothécaire-chercheur à la bibliothèque de l’ULB, a dressé, avec une clarté rare, un large panorama depuis l’émergence de l’idée de livre électronique jusqu’à l’évocation des plateformes du futur, mentionnant, bien sûr, les diverses problématiques (droit, format, prix, réception, offre) sous-jacentes. Quel plaisir d’observer que les autorités de l’établissement où l’on étudie ont connaissance des questionnements les plus récents et adoptent une position progressiste et soucieuse, de surcroit, du lectorat, en pleine métamorphose lui aussi. Retenons, également, la vigueur avec laquelle Cécile GASS, l’une de ses collègues, a exposé les Creative Commons, dans l’après-midi (débat « fermé » au public ; encore merci, au passage…), face à un éditeur inquiet des bouleversements actuels et encore frileux quant aux attentes d’une génération de digital natives.

Olivier TACHEAU [sa présentation], directeur de la Bibliothèque (universitaire) d’Angers (B.A.), a ensuite adopté la perspective du gestionnaire de bibliothèque universitaire et nous a exposé les résultats d’un projet pilote de mise à disposition de liseuses auprès des étudiants de l’établissement. Il nous paraît audacieux d’orienter, d’abord, pareille initiative vers un public littéraire quand on lit que les rapports de Ithaka/Jstor indiquent qu’il s’agit là du plus méfiant vis-à-vis du numérique. Aucun résultat significatif vu le lancement récent et l’actualité mouvementée des universités françaises, sinon le constat que les liseuses actuelles sont encore à un stade insuffisant de développement et conviennent peu au principe de prêt. L’après-midi, un responsable commercial de Numilog a présenté les services de la société pour divers établissements, dont les bibliothèques, notamment celui de l’achat/location de livres sur leur plateforme (par les bibliothèques) et la mise à disposition – toujours via leur plateforme – de ceux-ci (auprès du public étudiant). Cette question n’a pas manqué de faire sourire les concernés tant le modèle proposé par Numilog est peu en phase avec les enjeux actuels. Au terme du débat, nous y voyions tout de même un peu plus clair mais je reste, pour ma part, très sceptique et n’y vois qu’une « solution » à court terme pour familiariser avec le livre numérique plutôt qu’un réel profit de toutes les potentialités et espérances qu’il véhicule. Pourquoi ne pas répondre à l’urgence de démocratisation de l’accès au savoir plutôt que de freiner le développement de pratiques nouvelles ? Certes, il y a les éditeurs qui ne montrent qu’un enthousiasme mitigé et une législation très (trop) restrictive… Que l’on ne s’étonne pas si des propositions alternatives de contenus se mutliplient en toute illégalité (…d’une législation obsolète, rappelons-le, et qui tarde à s’adapter).

Claire BÉLISLE [sa présentation], enfin, ingénieure de recherche CNRS en SHS, retrace l’évolution de la lecture qui en est, grosso modo, à un stade de lecture rapide de survol et revient avec pertinence sur le rapprochement progressif entre le lecteur et l’auteur. Ce ne sera pas sans nous rappeler le précieux article de Nicholas CARR (Is Google Making Us Stupid?).

Ce qui change dans l’acte de lire avec le numérique (dia n° 18)

  • Une perte du visibilité du contexte
  • La complexité dévoilée de l’acte de lecture
  • Une multiplicité de pratiques chez chacun : lecture d’apprentissage, de recherche, lecture savante, professionnelle, dynamique, …
  • Une expérience corporelle en émergence : un acteur participant, multi-tâches, multi-polaire et multiculturel

Encore mille mercis à l’équipe en charge de la digithèque de l’ULB pour cette belle journée et leur excellent blog : Blogus operandi.

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