Merle Robert, Malevil
Malevil est un gros et beau roman de six cent trente-cinq pages. C’est long, mais le détour en vaut la peine.

Illustration figurant sur la première de couverture du roman paru chez Folio
L’histoire se situe dans le sud-ouest de la France, peu avant Pâques 1977. Emmanuel Comte, figure emblématique de ce livre, a racheté et restauré le château médiéval de Malevil. Posséder un château fort ne sert absolument à rien dans les années 70 et pourtant, c’est grâce à lui qu’Emmanuel et six de ses amis (Thomas, Meyssonnier, Peyssou, Colin, la Menou et Momo) vont survivre à l’explosion d’une bombe atomique qui dévaste la planète et en efface la majorité des êtres vivants. Cette petite communauté d’amis va devoir tout réapprendre et subsister dans le château où elle retrouve les instincts ancestraux de l’humanité : les rares ressources épargnées sont mises en commun et de nouvelles règles sont édictées. Ils craignent d’être les seuls survivants de ce cataclysme, mais le jour où Peyssou est assommé et qu’un cheval leur est volé, ils se rendent compte qu’ils vont devoir faire face à d’autres difficultés… Ils découvrent non loin d’eux une mémé Falvine, un jeune homme Jacquet, et une jeune fille Miette. Emmanuel propose qu’ils se partagent Miette mais les autres voient cette polygamie d’un mauvais œil. Emmanuel se justifie adroitement :
Ce n’est pas une question de morale, mais d’adaptation aux circonstances.

Extrait de l'adaptation cinématographique du roman
Et hop dès le lendemain le système est adopté ! Les amis s’acharnent à ne pas sombrer dans le désespoir, même quand Momo est tué par une bande de pillards affamés, ou encore lorsqu’ils se rendent compte que des imposteurs tentent de s’imposer dans leur région… Ils découvrent qu’une communauté située à quelques kilomètres d’eux a survécu : La Roque ; mais la communication entre les deux communautés est loin d’être amicale. Pour empêcher le faux prêtre Fulbert de s’imposer à Malevil, Emmanuel est élu abbé de Malevil.
Encore une fois, lorsque tout est détruit et que les survivants doivent organiser une nouvelle société, il existe toujours des êtres tyranniques qui profitent de la faiblesse d’autrui pour s’imposer en dictateur. Là aussi, parce qu’Emmanuel est ému par la misère des La Roquais, il va tenter d’anéantir Fulbert et ses sbires, ainsi qu’une autre bande armée, commandée par le faux capitaine Vilmain. Emmanuel explique lui-même sa conception de la survie avant ce combat :
Si l’espèce humaine doit continuer, elle le devra à des noyaux de gens comme nous qui essayent de réorganiser un embryon de société. Les individus comme Vilmain et Bébelle sont des parasites et des bêtes de proie. Ils doivent être éliminés.
Robert Merle (1908 – 2004) est un écrivain français né en Algérie. Il est très connu pour sa saga historique Fortune de France ou la biographie romancée de Rudolf Höss, La mort est mon métier. Malevil est un formidable roman de science-fiction, qui nous fait frémir à la pensée que la fiction n’est peut-être pas si loin de la réalité et que l’histoire est tout à fait possible ! Le style de Merle est direct et l’histoire se présente sous la forme d’un journal intime rédigé par Emmanuel Comte :
Ces premières semaines après l’évènement me laissent une impression de grisaille — à l’extérieur comme dans nos vies — de douleur sourde, de piétinement, d’horizon bouché, d’efforts ingrats.
Ce journal est plus tard corrigé par Thomas, qui rajoute des notes pour éclaircir certains faits, et achève le récit après la mort d’Emmanuel.
L’auteur de Malevil nous donne une formidable leçon de vie sur la dignité humaine et nous montre jusqu’à quel point les hommes sont capables d’aller pour survivre.

Adaptation cinématograhique du roman
Écrit en 1972, ce roman a reçu le prix John Wood Campbell Memorial en 1974, ce qui signifie sans doute que je ne suis pas la seule à éprouver du plaisir en le lisant ! Il a fait également l’objet en 1981 d’une adaptation cinématographique de Christian de Chalonge avec Michel Serrault, Jacques Dutronc, Jacques Villeret et Jean-Louis Trintignant. Mais le traitement « scénaristique » s’écarte du livre et s’achève par une fin différente. Robert Merle a demandé à ce que son nom ne figure pas au générique, où paraît la seule mention : « d’après un roman publié aux éditions Gallimard ».
J’achèverai en disant que ce roman donne presque envie qu’une catastrophe se produise — bien sûr, je ne le souhaite pas, j’espère que vous comprendrez ce que je veux dire, ce serait beaucoup plus tragique dans la réalité ! –, tant on se sent proche des personnages et du récit de leurs aventures.
Florence Pini, 2006.
