Commentaires linguistiques d’été
Même en vacances, à la lisière du bois, proche des champs, entouré de moutons et de vaches émancipées (sans doute n’est-ce pas le lieu d’évoquer ces heureux bovins qui, après un saut agile par-delà la clôture barbelée, se délectent des pourpiers fraichement arrosés, qui ornent la terrasse), le francophile, connecté, veille. Attention toute relative et différée : les paysages auvergnats méritent des apéritifs réguliers en leur faisant face, les villages avoisinants qui se relaient dans l’organisation de marchés de produits du terroir nous appellent de leurs effluves bigarrés, les nièces plus adorable l’une que l’autre qui usent de leurs charmes prépubères pour une balade à bras ou un cache-cache, dont la technique n’est pas encore maitrisée… autant de détournements bienvenus.
Nous revenons, toutefois, sur un article publié en début de cet auguste mois sur le blog des correcteurs du Monde.fr. Je corrige en m’amusant (3) dégage une série d’occurrences linguistiques, pêchées dans la presse, qui posent question (2) et que les auteurs nous commentent.
1. — Un couple débouté pour l’adoption de leur petit-fils (titre du Figaro, 10 juillet).
2. — M. Banier se serait vu consentir, outre une donation en nue-propriété de neuf tableaux de maîtres (Matisse, Mondrian, Léger, Man Ray, Chirico) […], de multiples chèques… (affaire Bettencourt, Le Monde du 17 juillet).
3. — “Sitôt levée son immunité, affirme-t-il, Flosse devrait être très rapidement mis en examen… ” (Canard enchaîné, 15 juillet).
4. — Bref, une attaque sauvage tout ce qu’il y a de plus “inattendue“ (Id., à propos des aventures banlieusardes de M. Guaino).
5. — Sa femme pose, nue ou vêtue, sur une chaise, devant un radiateur, l’air morose ou accablé, bras et seins ballants. (Sur le peintre Francis Gruber, Le Monde du 17 juillet.)
6. — Présente pour le concert anniversaire de Mandela, [Carla Bruni] a fait exception à la règle qu’elle s’était fixée de ne rechanter en public que lorsque Nicolas Sarkozy aura quitté l’Élysée. (Le Figaro, 20 juillet.)
1. La première citation est, comme ils l’évoquent, un cas classique de syllepse, d’accord fondé sur le sens, non régi par le sujet grammatical. Le couple aurait commandé une flexion du pronom à la troisième personne du singulier (son) mais, étant composé de deux personnes, ce sont elles qui justifient le choix du pluriel.
2. Les correcteurs du Monde.fr auraient laissé, sans véritablement trancher, le pluriel à maîtres, du fait de l’énumération qui suit. Pour notre part, il nous semble que tant le pluriel que le singulier sont envisageables sans qu’ils ne convoquent exactement le même référent. À nos yeux, l’accord au pluriel, qu’ils expliquent par le rétablissement d’une possible « relative appositive » du type …maîtres [qui sont] Matisse, Mondrian, etc., revient à postuler pour une analyse de tableaux de maîtres comme deux noms simples plutôt que comme un nom composé. Ainsi, les maîtres que sont Matisse & Co ont-ils peint des tableaux ou des tableaux de maître ? La nuance est fine, nous le concédons à notre tour. Sans doute est-ce l’occasion rêvée de rappeler qu’il n’y a pas lieu de corriger l’effet de sens qui est, probablement, le choix de l’énonciateur. Notons au passage que, selon la réforme orthographique, l’accent circonflexe du i tombe.
3. L’accord au féminin de levée ne nous surprend guère en ce que l’épithète se rapporte à l’immunité. À quoi bon imaginer des sous-phrases ? Sommes-nous occupés à lire ou à récrire ?
4. Selon nous, le fléchissement de l’adjectif au féminin est justifié par les guillemets qui, il y a tout lieu de croire, notent la polyphonie, le discours rapporté. Autrement, il aurait attiré notre regard mais nous ne nous serions pas autorisé la correction, même si, à l’emploi, nous aurions opté pour l’accord au neutre.
5. Une fois encore, pourquoi une pareille hésitation sur le genre de l’adjectif ? L’énonciateur a voulu déterminer l’air, non la femme, autrement il aurait accordé accablé avec elle.
6. L’accord de fixée est tout à fait régulier et logique. Quant au futur (plutôt qu’un « conditionnel »/futur 2), en quoi pose-t-il problème ? L’énonciateur a opté pour ce temps pour l’effet de sens qui l’accompagne. Pourquoi chercher à parler/écrire à sa place ?
