Claude Nougaro, Toulouse
Ci-dessous une deuxième poésie que Sylvette Serres a l’amabilité de nous faire partager. Il s’agit cette fois du poème Toulouse, rédigé de la main du célèbre poète mais aussi chanteur Paul Nougaro (1929-2004). S’il est « loin [ce] pays », la très belle photographie, prise par Sylvette elle-même, nous emporte en un tourbillon de secondes au coeur du paysage regretté par l’auteur. Quelques vers à savourer, un voyage instantané.

Qu’il est loin mon pays, qu’il est loin
Parfois au fond de moi se ranime
L’eau verte du canal du midi
Et la brique rouge des MinimesÔ moun païs,
Ô Toulouse,
Ô ToulouseJe reprends l’avenue vers l’école
Mon cartable est bourré de coups de poings
Ici, si tu cognes, tu gagnes
Ici même les mémés aiment la castagneÔ moun païs,
Ô ToulouseUn torrent de cailloux roule dans ton accent
Ta violence bouillonne jusque dans tes violettes
On se traite de con à peine qu’on se traite
Il y a de l’orage dans l’air et pourtantL’église Saint-Sernin illumine le soir,
D’une fleur de corail que le soleil arrose,
C’est peut-être pour ça, malgré ton rouge et noir,
C’est peut-être pour ça pour ça qu’on te dit ville roseJe revois ton pavé, ô ma cité gasconne,
Ton trottoir éventré sur les tuyaux du gaz,
Est-ce l’Espagne en toi qui pousse un peu sa corne,
Ou serait-ce dans les tripes une bulle de jazz ?Voici le Capitole, j’y arrête mes pas,
Les ténors enrhumés tremblent sous leurs ventouses,
J’entends encore l’écho de la voix de papa,
C’était en ce temps là mon seul chanteur de bluesAujourd’hui tes buildings grimpent haut,
À Blagnac, tes avions sont plus beaux
Si l’un me ramène sur cette ville,
Pourrai-je encore y revoir ma pincée de tuiles ?Ô moun païs,
Ô Toulouse,
Ô Toulouse…
Claude Nougaro
